Ados : se coucher tôt pour limiter les risques de dépression ?

La célèbre revue « Sleep » vient de sortir un article fort intéressant sur le sommeil de l’adolescent. Le titre en est cependant un peu trop accrocheur évoquant plus celui d’un magasine people que d’un journal scientifique ! « L’incitation parentale à se coucher plus tôt comme facteur de protection contre la dépression et les idées suicidaires ».
Il s’agit d’une enquête auprès d’une cohorte de 15 659 adolescents et de leurs parents (un de leur parent, de préférence la mère). Les adolescents étaient interrogés sur leurs horaires de coucher en semaine, leur quantité de sommeil, si celle-ci était suffisante, s’ils trouvaient que leurs parents prenaient soin d’eux. La dimension dépressive était évaluée sur une échelle de dépression (CES-D) et il leurs était demandé s’ils avaient sérieusement pensé au suicide au cours des 12 derniers mois. Les parents précisaient s’il y avait une incitation à se coucher, et à quelle heure. D’autres variables étaient étudiées : sexe, race/ethnie, statut marital des parents, et notion d’aide sociale accordée à la famille.
On ne peut pas franchir le pas vers une conclusion qui attribue au manque de sommeil chronique la cause exclusive du syndrome dépressif observé. Qu’il y contribue, peut-être ! Que la restriction de sommeil volontaire en raison d’un manque de rigueur dans l’organisation du temps, de trop d’activités passées devant la télé, l’ordinateur, les consoles de jeux soit préjudiciable à l’attention, et même à l’humeur en entrainant une irritabilité et une labilité émotionnelle, surement. Cependant les effets de la privation de sommeil ne sont pas univoques, elle a des propriétés antidépressives qui sont utilisées en tant que telle comme thérapie chez le déprimé. Donc attention aux conclusions hâtives, séduisantes qui embellissent un discours convenu mais qui ne reposent pas sur une démonstration scientifique. On peut regretter l’engouement des médias qui ont encore plus schématisé les conclusions de l’étude, mais on peut surtout regretter que les relecteurs de la revue Sleep aient manqué de rigueur dans leurs commentaires en laissant passer des conclusions discutables.
Néanmoins cette étude apporte des éléments intéressants. On constate que les parents ont encore une forte influence sur le comportement de leurs enfants qui suivent les consignes indiquées. Si le fait de demander aux adolescents de se coucher plus tôt se traduit par un allongement du sommeil alors il faut fortement inciter les parents à mettre des limites à leurs jeunes, tout en prenant en compte leurs besoins de sommeil (il y a chez les adolescents comme chez les adultes des courts et des longs dormeurs). Ceci est plutôt vécu comme une attention positive des parents envers leurs enfants même si l’on peut imaginer les discussions que cela peut engendrer. L’adolescence reste l’adolescence, avec ses conflits et ses oppositions aux parents qui sont toujours vécus comme les empêcheurs de tourner en rond. L’adolescent a besoin de cette confrontation à la réalité et aux limites imposées pour se structurer.
SOURCES
- Earlier Parental Set Bedtimes as a Protective Factor Against Depression and Suicidal Ideation, James E. Gangwisch, Lindsay A. Babiss, Dolores Malaspina, J. Blake Turner, Gary K. Zammit, Kelly Posner, SLEEP 2010;33(1):97-106.
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