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Larmes, stress et rentrée des classes : parents, n’ayez pas peur de vos émotions

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Le mardi 2 septembre 2015 aura lieu la rentrée des classes, avec son traditionnel cortèges de larmes et de panique. Aussi bien chez les enfants... que chez certains parents, qui laisseront pour la première fois leur progéniture s’éloigner. Comment gérer cet épisode pour les parents ? Que faut-il faire de son émotion, si elle se présente ? Les explications du psychopédagogue Bruno Humbeeck.

 

"Pourquoi les mamans ne pleurent-elles pas davantage lorsqu’elles déposent leur enfant pour la première fois à l’école maternelle ?" Voilà bien la seule question que l’on peut poser aux mères – et aux pères, même s’ils se cachent généralement davantage dès qu’il est question de larmes – éplorées pour lesquelles la rentrée des classes prend des formes souvent plus proches de celles que l’on associe à une rupture déchirante que de celles qui accompagnent une séparation passagère.

 

L'école n'est pas un lieu de bien-être permanent

Après tout, n’est-il pas normal que ces mamans pleurent ? Elles s’apprêtent à déposer ce qu’elles ont de plus précieux, leur enfant, à l’école, c’est-à-dire dans un territoire au sein duquel elles pressentent qu’il va inévitablement être exposé à une souffrance sur laquelle elles n’auront somme toute que très peu de contrôle. 

Car ne nous y trompons pas, l’école – et les parents, en se référant notamment au souvenir confus que leur laisse leur propre vécu scolaire – est, par vocation et ce malgré son intention effective de promouvoir l’épanouissement de l’enfant, fondamentalement un lieu de souffrance potentielle. Aucune institution scolaire ne peut foncièrement se présenter à l’enfant et à ses parents comme un lieu de bien-être permanent et continu.

Il faudra bien en effet y apprendre et l’apprentissage, s’il est incontestablement une véritable source de bonheur, suggère aussi, par sa nature même, un certain nombre de difficultés qu’il sera nécessaire de dépasser. Il faudra bien aussi s’intégrer dans un groupe et le groupe humain, s’il constitue un indispensable vecteur de socialisation, expose également au risque de rejet et de confrontation que supposent les rapports de domination qui s’y manifestent.

Rien n'est plus pernicieux qu'une émotion étouffée

Reconnaissons donc d’abord aux parents angoissés ou attristés, si on souhaite pouvoir les aider véritablement, le droit inaliénable d’exprimer comme bon leur semblent les émotions qui les traversent. Reconnaissons leur ce droit même si l’on devine qu’il n’est pas profitable pour l’enfant de voir l’angoisse parentale servir de caisse de résonance à sa propre anxiété ou de constater que le chagrin qu’il éprouve à l’idée de se séparer est amplifié par la peine que ressent son parent.

Toutefois, comme il n’est rien de plus pernicieux qu’une émotion étouffée, il vaut sans doute mieux permettre au parent de l’exprimer dans un endroit adapté plutôt que de la laisser contaminer tout ce qui est vécu dans la relation avec l’enfant de manière larvée en invitant l’émotion à se développer dans l’implicite et le non-dit. Les enfants grandissent généralement mal dans les émotions réprimées de leurs parents.

Trouver un espace d'expression non-culpabilisant

Or, la tension émotionnelle se dilue bien mieux, tous les psychologues le savent, lorsque l’émotion, reconnue, peut se dire sans s’exposer au risque d’être contredite ou rendue illégitime par celui qui est amené à l’entendre. Que les parents s’autorisent dès lors à exprimer les états émotionnels dans lesquels les plonge éventuellement la rentrée scolaire de leurs enfants. Qu’ils ne cherchent pas à les réprimer et ne visent pas, au prix de leur étouffement, à les cacher ou à les dénier.

L’expression de ses émotions constitue la meilleure façon de ne pas contraindre les enfants à les emporter dans leur cartable et à en supporter le poids pendant toute la période de séparation. Mais où dire cette émotion ? Comment l’exprimer si elle est d’emblée ou a priori considérée comme ridicule ou nuisible par les autres adultes avec lesquels on pourrait éventuellement la partager ?

Voilà donc ce qui manque aux parents éplorés : des oreilles attentives, des espaces de parole bienveillants et non culpabilisants qui ne jugent pas les émotions qu’ils ressentent et les reçoivent pour ce qu’elles sont : l’expression légitime d’un parent, devenu hyper-parent, parce que son enfant n’a été programmé que pour un bonheur continu et sans ombre. 

Les larmes, un symptôme de l'hyperparentalité

Car c’est effectivement bien cela qui se cache derrière les larmes du parent, l’indice d’un symptôme aigu d’hyper-parentalité, cette forme de la parentalité postmoderne qui pousse les parents à vouloir contrôler tout ce que vit leur enfant (c’est le syndrome dit du "parent hélicoptère"), à ne vouloir que le meilleur pour eux (c’est le syndrome du "parent-drone") et à leur préparer de manière névrotique un avenir radieux (c’est le syndrome du "parent-curling"). 

Dire ses émotions, les accepter pour ce qu’elles sont, chez soi comme chez l’enfant, sans confondre les unes dans les autres, ne pas les subir en les enfermant dans la honte, les exprimer dans un endroit adapté. Tout cela permettra d’éviter la confusion émotionnelle. Il restera alors ensuite à veiller à nimber la séparation d’un cortège de rituels apaisants qui indique d’emblée qu’elle n’est que temporaire et que la tristesse ressentie peut être immédiatement tempérée par la joie anticipée des retrouvailles.

 

Voilà sans doute les deux conseils que l’on pourrait donner aux hyper-parents éplorés qui vivent la rentrée des classes comme une épreuve si on veut éviter que leur inconfort ne se transforme en souffrance. Parce que la rentrée des classes, c’est aussi l’occasion d’une leçon essentielle, celle que prennent l’enfant et son parent lorsque l’école sépare naturellement l’un de l‘autre : l’attachement véritable et durable impose l’apprentissage du détachement temporaire, sans lequel il ne serait tout simplement pas vivable. 

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