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Manger avec sa tête ou selon ses sens ?

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Cette communication est tirée d’une conférence de Karine Gravel (Université Laval, Quebec) lauréate du Prix Jean Trémolières remis en octobre 2014.

Alors que la prévalence de l’obésité a augmenté dans la population, l’idéalisation de la minceur peut mener à une préoccupation excessive à l’égard du poids corporel. Le contrôle du poids est une pratique fréquente, surtout auprès des femmes. Même si une faible perte de poids a des effets positifs à court terme sur les maladies chroniques associées à l’obésité, le succès à long terme des diètes amaigrissantes est négligeable.
Perdre du poids est loin d’être banal, puisque certaines adaptations physiologiques peuvent se manifester et persister pour ramener le corps à son poids initial. Au niveau psychologique, les personnes qui limitent volontairement leur prise alimentaire peuvent notamment ressentir un sentiment de privation lié à la restriction cognitive, c’est-à-dire manger moins que ce qui est souhaité ou se priver de manger les aliments souhaités. Les diètes amaigrissantes et l’approche restrictive pour perdre du poids montrent des limites et ce constat amène à envisager des solutions de rechange efficaces à long terme.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux présentés dans ma thèse de doctorat "Manger avec sa tête ou selon ses sens : perceptions et comportements alimentaires".

Pour tenter de répondre à cette problématique, l’une des deux études présentées dans ma thèse a évalué les effets d’une intervention sensorielle auprès de 50 femmes en restriction
cognitive sur :
1) les attitudes et les comportements alimentaires ;
2) la confiance en ses signaux de faim et de satiété ;
3) le nombre et le type de mots utilisés pour décrire un aliment.

L’intervention sensorielle était composée de six ateliers hebdomadaires de 90 minutes portant sur des thèmes spécifiques. Ces ateliers regroupaient 10 à 12 participantes et étaient animés par une nutritionniste (KG). Les thèmes abordés sont les suivants : ma relation à la nourriture ; la faim et la satiété ; les sens et la dégustation – la vue, l’odorat et le toucher, le goût et l’ouïe ; les plaisirs liés à l’acte alimentaire.

Les résultats de cette étude ont montré que l’intervention sensorielle a amélioré certains comportements et attitudes liés aux aliments et à l’acte alimentaire, sans exacerber d’autres comportements non souhaitables comme la restriction cognitive. L’intervention sensorielle a aussi aidé les femmes restreintes à être plus objectives à propos des aliments, ce qui laisse présager une alimentation plus intuitive. Les résultats de mes travaux doctoraux suggèrent que la dimension cognitive de l’alimentation ne devrait pas être surévaluée au détriment de la dimension sensorielle. Plutôt que de manger uniquement avec sa tête, manger davantage selon ses sens semble une approche prometteuse, notamment parce que les personnes occupent une place active et s’approprient un pouvoir de décision sur leur alimentation.
 

SOURCES

  • - K. Gravel, A. Deslauriers, M. Watiez, M. Dumont, AA. Dufour Bouchard, V. Provencher. Sensory-based nutrition pilot intervention for women. J Acad Nutr Diet. 2014;114 :99-106.
    - K. Gravel, G. Ouellet St-Hilaire, A. Deslauriers, M. Watiez, M. Dumont, AA. Dufour Bouchard, V. Provencher. Effect of sensory-based intervention on the increased use of food-related descriptive terms among restrained eaters. Food Qual Prefer. 2014;32 :271-276.
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