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Le langage oral permet de prédire les difficultés à l’écrit

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Dépister les troubles d'apprentissage en français écrit chez les enfants avant même que ceux-ci commencent à écrire ! C'est le défi que se sont donné Phaedra Royle et Alexandra Marquis. Les chercheuses de l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal s'intéressent aux habiletés langagières comme éléments qui facilitent l'apprentissage de l'orthographe et de la grammaire. Leurs travaux démontrent que le langage oral est un bon prédicteur des difficultés à l'écrit. 

« Plus les enfants sont habiles à réfléchir et à manipuler les accords grammaticaux dans les mots à l'oral, plus l'apprentissage de l'écrit s'en trouve facilité », affirme Phaedra Royle.

La professeure Royle et la postdoctorante Alexandra Marquis ont étudié la relation entre les compétences morphosyntaxiques (par exemple, les enfants parviennent-ils à conjuguer un verbe au passé composé ?) à l'oral et à l'écrit auprès de 71 enfants âgés de six à neuf ans. De ces jeunes, 38 étaient unilingues francophones et 33 étaient multilingues, le français constituant leur deuxième ou troisième langue apprise. Tous fréquentaient une école francophone.

Les compétences morphosyntaxiques ont d'abord été évaluées en première année en prenant des mesures orales de acapacité des enfants à conjuguer des verbes. Puis, à la fin de leur deuxième année du primaire, ces compétences ont été soumises à l'épreuve de l'écrit. Réussissent-ils les tâches à choix multiple qui consistent à choisir la bonne graphie – entre a, à ou as – dans une phrase ? Évitent-ils les pièges de la dictée standardisée BELO dans l'écriture de mots et de phrases ?

 

Les résultats de leur étude révèlent que les aptitudes à l'oral en première année du primaire sont comparables aux habiletés à l'écrit un an plus tard, soit en deuxième année. Plus précisément, la conscience morphologique à l'oral (ce qui conduit l'enfant à manipuler les morphèmes et à comprendre les règles de formation des mots) permet de prédire les difficultés éventuelles en morphosyntaxe à l'écrit. « Nos données mettent au jour des liens entre les compétences à l'oral et celles à l'écrit pour la morphosyntaxe, et ce, pour les deux groupes d'enfants, précise Mme Royle. Les résultats démontrent que les enfants unilingues francophones bénéficient à l'oral du fait qu'ils manient constamment le français. Mais pour ce qui est du langage écrit, les deux groupes ne montrent pas de grandes différences. »


Selon les chercheuses, ces données vont à l'encontre de la croyance populaire selon laquelle le bilinguisme à un jeune âge peut nuire à l'apprentissage d'aspects complexes du langage tels que la morphosyntaxe à l'écrit.

Il s'agit de la première étude en français dans laquelle les capacités des enfants ont été mesurées avant qu'ils soient capables d'écrire. « La prise en compte des difficultés du langage doit être faite très tôt dans la scolarité afin de mettre en place des approches pédagogiques adaptées et ainsi d'éviter que les élèves soient confrontés à un échec », signale Alexandra Marquis.

Test de dépistage en français québécois

Depuis son doctorat à l'UQAM, Alexandra Marquis étudie la connaissance morphologique des verbes en français de la naissance à l'âge scolaire. « Les enfants sont attentifs aux sons de la parole dès leur plus jeune âge, dit-elle. Ils sont même en mesure de reconnaître les terminaisons verbales dès l'âge de 11 mois ! »

Peu d'études, rappelle la chercheuse, se sont concentrées sur la sensibilité des enfants à la structure morphologique du langage oral avant l'entrée à l'école et sur son caractère prédictif des difficultés à l'écrit. En fait, une seule recherche a été trouvée dans la littérature scientifique sur le sujet. Et elle porte sur l'apprentissage de... l'hébreu ! « Les chercheurs se penchent davantage sur la connaissance des phonèmes, de la syllabe, de la sémantique des mots... Ces habiletés sont jugées essentielles pour la lecture et l'écriture. Pourtant, le recours à la morphologie et ses relations avec l'écriture des mots pourrait optimiser le développement des aptitudes relatives à l'orthographe et à la grammaire chez les enfants. »

Ses recherches postdoctorales menées en collaboration avec Phaedra Royle et la professeure Susan Rvachew, de l'Université McGill, tendent à appuyer cette hypothèse. Cette approche semblerait tout particulièrement indiquée pour les enfants ayant des problèmes avec la structure interne des mots, comme c'est le cas des personnes dysphasiques ou aphasiques.

Les travaux de Mmes Marquis et Royle pourraient avoir des retombées importantes en pédagogie, de même que dans les interventions auprès des enfants souffrant de troubles du langage. Ils ont notamment permis de concevoir un test spécifique du français québécois pour le dépistage des difficultés en orthographe chez l'enfant.

 

 

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